Le message derrière la décision est que la santé mentale et cognitive des enfants prime désormais sur les intérêts économiques des plateformes. Une position assumée, qui tranche avec des années de laisser-faire numérique, où l’innovation allait plus vite que la réflexion collective.
Pour justifier ce tournant, les autorités françaises s’appuient sur des constats désormais largement documentés. Exposition précoce à des contenus inadaptés, cyberharcèlement, dépendance aux algorithmes, pression sociale permanente, altération de l’attention et de l’estime de soi. Le président résume cette inquiétude par une formule forte : « le cerveau des enfants n’est pas à vendre ». Une phrase qui dit autant la gravité du sujet que le changement de doctrine.
La France, toutefois, n’est pas un cas isolé. Ailleurs dans le monde, la question est déjà tranchée depuis plusieurs années. En Chine, l’État a choisi d’encadrer strictement l’usage du numérique chez les mineurs. Le temps de connexion y est limité, les horaires sont réglementés, l’accès passe par des mécanismes de contrôle d’identité, et les plateformes sont contraintes de s’adapter. Une approche autoritaire, certes, mais fondée sur une idée simple : laisser le développement des enfants aux mains d’algorithmes privés n’est pas neutre.
Ce contraste met en lumière un angle mort encore largement ignoré en Afrique, et particulièrement au Gabon. Ici, les enfants accèdent très tôt aux réseaux sociaux, souvent sans cadre clair, sans accompagnement structuré et sans véritable débat public sur les effets à long terme. Le smartphone est devenu un objet central de socialisation, d’apprentissage et de divertissement, bien avant que les règles n’aient été pensées.
La vraie question n’est donc pas de copier la France ni d’importer mécaniquement un modèle étranger. Elle est plus fondamentale : le Gabon doit-il, quand et comment, poser un cadre clair sur l’âge d’accès aux réseaux sociaux ? Et plus largement, comment protéger l’enfance dans un environnement numérique conçu ailleurs, selon des logiques qui ne sont pas les nôtres ?
Ce débat dépasse d’ailleurs la seule question des réseaux sociaux. Avec la généralisation des outils d’intelligence artificielle, de nouveaux enjeux émergent : accès précoce à des systèmes génératifs, dépendance cognitive, confusion entre assistance et apprentissage, exposition à des contenus produits sans filtre humain. Là encore, l’absence de cadre revient à laisser les usages se structurer seuls, au gré des technologies disponibles.
Réguler ne signifie pas interdire le progrès. Cela signifie choisir le rythme, les priorités et les garde-fous. Ne rien faire, en revanche, revient à déléguer ces choix à des plateformes et à des algorithmes dont l’objectif premier n’est ni éducatif ni social.
La France a ouvert un débat. La Chine l’a déjà tranché. Reste à savoir si le Gabon acceptera, lui aussi, de poser la question : calmement, lucidement, et sans attendre que les effets deviennent irréversibles.





