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Huawei-Gabon : Au-delà de l’accord, l’enjeu de valorisation stratégique du numérique gabonais

Huawei-Gabon : Au-delà de l’accord, l’enjeu de valorisation stratégique du numérique gabonais

Le 23 décembre dernier, le gouvernement gabonais a signé un protocole d’accord stratégique avec le géant chinois Huawei. Objectif affiché : renforcer les infrastructures numériques, intégrer les startups locales et former des talents nationaux.

Emmanuelle Marie Foutou
Emmanuelle Marie Foutou
3 min

Un accord qui s’inscrit dans la droite ligne de la vision portée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour faire du numérique un levier de transformation économique et sociale.

Sur le papier, l’ambition est claire : un Gabon où les écoles bourdonnent de tablettes connectées, où les startups locales développent à la vitesse de la fibre optique, et où les zones reculées accèdent enfin à une connectivité de qualité.

Ce protocole d’accord, signé sous l’autorité du ministre de l’Économie numérique Mark-Alexandre Doumba, en présence de Wang Lei, PDG Cemac de Huawei, formalise une alliance pensée pour accélérer la modernisation numérique du pays.

Mais au-delà de l’annonce et des intentions, une question centrale se pose : comment l’État gabonais transforme-t-il ce partenariat en valeur stratégique durable pour le pays ?

Trois piliers pour structurer l’écosystème

L’accord repose sur un triptyque conçu pour éviter une simple importation de technologies clés en main.

Le premier pilier est institutionnel : la mise en place d’un comité de projet conjoint chargé de piloter, prioriser et suivre les chantiers numériques. Infrastructures renforcées, digitalisation des services publics, extension de la connectivité aux zones rurales : l’enjeu est autant technique que de gouvernance.

Le deuxième pilier concerne l’écosystème local.

Startups et entreprises gabonaises sont appelées à être intégrées aux projets, afin de dynamiser un tissu économique national encore fragile et d’éviter une dépendance totale à des solutions exogènes. L’objectif affiché est clair : faire émerger une chaîne de valeur locale autour du numérique.

Enfin, le troisième pilier porte sur le transfert de compétences. Formation de talents, projets pilotes dès 2026, accompagnement des jeunes pousses : la souveraineté numérique passe aussi par la maîtrise humaine et technique des outils déployés.

Pour le ministre Mark-Alexandre Doumba, ce partenariat positionne le numérique comme « un levier de développement économique, d’inclusion sociale et de souveraineté technologique ». Une ambition qui suppose, dans les faits, des mécanismes concrets de montée en compétence et de rétention de valeur.

Pixels contre pétrole

Ce protocole d’accord s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique. Face aux limites structurelles d’un modèle longtemps adossé aux hydrocarbures, le Gabon cherche à faire du numérique un nouveau moteur de croissance.

Huawei apporte une expertise reconnue en 5G, cloud et intelligence artificielle, tout en affirmant une volonté de travailler avec les acteurs locaux. Si cette promesse se matérialise, les initiatives prévues pourraient, dès 2026, ouvrir de nouveaux débouchés aux startups gabonaises et positionner Libreville comme un pôle d’innovation en Afrique centrale.

Mais la réussite de ce virage ne dépendra pas uniquement de la qualité des technologies déployées. Elle reposera sur la capacité de l’État à structurer des usages, à orienter les investissements et à inscrire ces projets dans une vision de long terme.

Un test de maturité stratégique

Plus qu’un partenariat technologique, l’accord Gabon–Huawei constitue un test de maturité stratégique pour l’action publique. Le véritable indicateur de succès ne sera ni le nombre de projets lancés ni la performance brute des infrastructures.

La question décisive est ailleurs : le Gabon saura-t-il capter, gouverner et redistribuer la valeur créée par son numérique ?

C’est à cette condition que le numérique cessera d’être un simple symbole de modernité pour devenir un véritable levier de souveraineté et de développement durable.

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Emmanuelle Marie Foutou
Emmanuelle Marie Foutou

Salut, c'est Emmy! Journaliste et consultante en communication, je prends plaisir à raconter le quotidien à travers des articles de presse et des reportages photo et vidéo depuis plus de huit ans. Mon pari sur la tech ? Elle façonnera de plus en plus nos usages, nos métiers et nos imaginaires ,raison de plus pour en décrypter les enjeux avec rigueur et pédagogie.

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