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Arabie saoudite, nouveau boss final du gaming ?

Arabie saoudite, nouveau boss final du gaming ?

Pétro‑monarchie hier, empire du pixel demain: Riyad utilise le jeu vidéo comme levier de soft power, de diversification économique et de rebranding international

Emmanuelle Marie Foutou
Emmanuelle Marie Foutou
3 min

Arabie saoudite, nouveau boss final du gaming ?


Pétro‑monarchie hier, empire du pixel demain: Riyad utilise le jeu vidéo comme levier de soft power, de diversification économique et de rebranding international.​


L’offensive gaming saoudienne s’inscrit dans Vision 2030, le grand plan de diversification lancé par Mohammed ben Salmane pour sortir de la dépendance au pétrole. La Stratégie nationale pour le jeu vidéo et l’esport affiche des objectifs clairs: des dizaines de milliers d’emplois, des centaines de studios et plusieurs milliards de dollars injectés chaque année dans l’économie numérique.​

Le jeu vidéo devient un pilier à part entière du récit national. Il s’agit de montrer un pays jeune, connecté, créatif, là où l’image du royaume reste marquée par le conservatisme religieux et les atteintes aux droits humains régulièrement dénoncées par les ONG.​

Savvy Games, machine de guerre financière

Derrière cette stratégie se trouve le PIF, le fonds souverain saoudien, qui a doté sa filiale Savvy Games Group d’une enveloppe colossale (plusieurs dizaines de milliards de dollars) pour prendre des participations dans les plus grands acteurs du secteur. Nintendo, Capcom, Take‑Two ou encore des éditeurs mobiles font désormais partie de ce portefeuille, renforçant la présence saoudienne dans la chaîne de valeur mondiale du gaming.​

L’idée n’est plus seulement d’accueillir des compétitions, mais d’être présent partout: capital des studios, organisations d’esport, infrastructures, formation. Pour des chercheurs comme Olivier Mauco, cette “verticalité” permet à Riyad de devenir un acteur incontournable, capable de peser sur l’économie, les contenus et les formats de compétition.​

Riyad, scène principale de l’esport mondial

Vitamine vitrine de cette ambition: l’Esports World Cup (EWC), organisée à Riyad et présentée comme la plus grande compétition multi‑jeux au monde. L’édition 2025 aligne un prize pool dépassant les 70 millions de dollars, plus de 2.000 joueurs, 200 clubs et une vingtaine de jeux, faisant du royaume une sorte de capitale planétaire de l’esport le temps d’un été.​

Pour l’Esports World Cup Foundation, ce format vise à “professionnaliser durablement” la scène mondiale et à offrir des trajectoires de carrière aux joueurs et clubs. Pour Riyad, c’est aussi un outil de soft power: des millions de spectateurs, des images de modernité en boucle et une jeunesse mondiale qui associe désormais le nom du royaume au spectacle compétitif.​

Soft power assumé, controverses persistantes

Cette montée en puissance s’accompagne de critiques, notamment sur le “sportwashing”. Le pays est régulièrement pointé pour les exécutions capitales, la situation des opposants ou des minorités, alors même qu’il investit massivement dans le football, la Formule 1 et l’esport. Mohammed ben Salmane lui‑même a reconnu la dimension économique de cette stratégie, déclarant que s’il s’agit de “sportswashing” mais que cela augmente le PIB, il continuera dans cette voie.​

Le jeu vidéo prolonge cette logique: toucher directement la jeunesse, diffuser une image de modernité et de divertissement, tout en déplaçant le regard loin des sujets sensibles. Entre opportunité économique réelle pour le secteur et instrument de rebranding politique, l’eldorado vidéoludique saoudien reste donc au cœur d’un débat: royaume du fun ou nouveau visage d’une puissance autoritaire qui joue désormais sa réputation… à coups de pixels.



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Emmanuelle Marie Foutou
Emmanuelle Marie Foutou

Salut, c'est Emmy! Journaliste et consultante en communication, je prends plaisir à raconter le quotidien à travers des articles de presse et des reportages photo et vidéo depuis plus de huit ans. Mon pari sur la tech ? Elle façonnera de plus en plus nos usages, nos métiers et nos imaginaires ,raison de plus pour en décrypter les enjeux avec rigueur et pédagogie.

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