Ce qui distingue ce projet d'une simple numérisation d'archives, c'est le refus assumé de traiter chaque administration comme un cas isolé.
Le directeur général de l'Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences (ANINF), Alberto Wenceslas Mounguengui Moudoki, a été clair sur ce point : l'État ne veut plus digitaliser en silo, mais construire un socle numérique partagé, sécurisé et interopérable, auquel les ministères pourront se raccorder progressivement. "Nous ne voulons plus faire de digitalisation d'une manière isolée, d'une manière en silo", a-t-il déclaré.
C'est précisément ce qui fait de la phase pilote un choix stratégique plutôt qu'un simple test technique. Le SGG et la DGEC n'ont pas été retenus au hasard : ils représentent deux logiques documentaires distinctes que le futur standard devra absorber sans distinction, l'archivage de masse à fort enjeu citoyen d'un côté, la circulation d'actes administratifs sensibles de l'autre.
Deux pilotes, deux stress-tests du futur standard
À la DGEC, la GED doit encaisser le volume et la dispersion géographique, des dossiers de baccalauréat et de concours remontés des neuf provinces avant centralisation à Libreville, avec un risque de perte documentaire qui pèse directement sur les parcours scolaires des citoyens. "La digitalisation à travers la GED vient résoudre ce problème", a expliqué le DG de l'ANINF.
Au SGG, c'est un autre paramètre qui est testé : la fluidité d'un circuit de décision publique. Comme l'a résumé Abdu Razzaq Guy Kambogo, "ce n'est pas seulement une plateforme informatique, c'est une nouvelle façon de penser, de produire et de faire circuler la décision publique".
Si le standard tient sur ces deux cas d'usage aussi différents, il a de bonnes chances de tenir sur le reste de l'administration.
Un standard qui dépasse la GED elle-même
Le socle en construction ne se limite pas à l'archivage. Il doit à terme intégrer la gestion électronique des courriers, la signature électronique, l'identité numérique et l'interopérabilité entre systèmes, le tout encadré juridiquement par l'ordonnance n°0003/PR/2026 sur l'archivage électronique, qui fixe les règles de conservation, de classification et de destruction des documents numériques.
Mark-Alexandre Doumba a résumé la portée du chantier en une phrase : "la digitalisation, c'est plusieurs choses". Un projet de décret sur la signature électronique, les codes QR et les codes-barres doit par ailleurs être soumis au prochain Conseil des ministres, ce qui complète la brique technique manquante du dispositif.
La vraie variable du succès n'est pas que technique
Le ministre a aussi résumé l'enjeu financier du zéro papier : "Nous dépensons des milliards de francs CFA chaque année juste dans l'impression du document", a-t-il alerté, pointant ces documents produits sur ordinateur mais encore imprimés pour signature avant d'être rescannés.
Mais la technologie ne sera pas ce qui décide de la réussite du projet. Une session de formation intensive de sept jours a précédé le déploiement, et l'ANINF associe archivistes, ingénieurs et métiers concernés pour adapter la solution aux réalités administratives. Pour le SGG lui-même, cette phase pilote constitue "la véritable épreuve" : mesurer les usages réels, corriger les défauts, puis transmettre les enseignements avant une généralisation aux 29 ministères, déjà inscrite dans la feuille de route 2026.
Le pari du Gabon n'est pas de numériser deux administrations, c'est de valider, sur elles, un standard destiné à tout l'État. Si la phase pilote tient, le vrai chantier commencera : le faire adopter par 29 ministères qui ont chacun leurs habitudes, leurs résistances, et leur propre rapport au papier.





