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Samuel Nkenke Eyebe : le pari gabonais sur l'IA qui s'ouvre les portes de Station F

Samuel Nkenke Eyebe : le pari gabonais sur l'IA qui s'ouvre les portes de Station F

Il y a quatre ans, Samuel Nkenke Eyebe codait ses premières lignes chez Ogooué Labs, un incubateur de Libreville. Aujourd'hui, sa startup Alissa IA et son volet éducatif Alissa School vient d'intégrer le top 10% des candidatures internationales retenues par Station F, le plus grand campus de startups au monde. Portrait d'un entrepreneur qui construit, depuis le Gabon, une thèse sur l'IA au service de l'Afrique.

Arsene Rebouka
Arsene Rebouka
4 min

Un droit des affaires, un détour par le code

Rien ne prédestinait a priori Samuel Nkenke Eyebe à devenir un des visages montants de la tech gabonaise. En 2022, il obtient une licence en droit des affaires à l'Université Omar Bongo. La même année, dans un tout autre registre, il suit une formation professionnelle Simplon, dispensée au Gabon grâce à l' École 241, et obtient une certification Simplon en développement logiciel Fullstack, équivalent à un BTS en France. Une double formation, juridique et technique, qui dessine déjà le profil hybride d'un entrepreneur capable de comprendre à la fois les contraintes institutionnelles et le langage des machines.

Cette double lecture se révélera être un atout stratégique : Alissa IA, l'entreprise qu'il fondera deux ans plus tard, cible précisément les institutions, ministères et administrations, un terrain où la compréhension du fonctionnement institutionnel compte autant que la maîtrise technique.

De développeur à fondateur

Sa carrière professionnelle démarre en 2021 chez Ogooué Labs, un incubateur de startups gabonais, où il travaille comme développeur logiciel jusqu'en 2024. En parallèle, entre 2023 et 2024, il forme lui-même la relève : formateur en développement IT à l'École 241 Business, un établissement tourné vers les métiers du numérique. Une période de transmission qui précède, presque logiquement, le passage à l'entrepreneuriat.

En 2024, il fonde Alissa IA, une entreprise gabonaise spécialisée dans le développement d'agents virtuels et de chatbots pour les acteurs économiques et institutionnels du continent. La thèse est claire : l'automatisation et l'intelligence artificielle conversationnelle peuvent répondre aux défis concrets de communication et de gestion auxquels font face les administrations et entreprises africaines, souvent sous-équipées face au volume de sollicitations du grand public.

Dans cette phase de structuration, la SING SA joue un rôle qu'il tient à souligner : incubé par la structure, Samuel Nkenke Eyebe attribue en partie sa capacité à se démarquer aux outils business mis à sa disposition par la SING, un accompagnement qui a contribué à professionnaliser le passage de développeur à fondateur.

Alissa IA ne se limite pas à la vente d'outils. L'entreprise intègre un volet formation et vulgarisation de l'IA, avec l'ambition affichée de favoriser la montée en compétences numériques sur le continent. En février 2025, cet engagement lui vaut une reconnaissance locale : premier prix de la catégorie développement web et mobile au Concours nationale de l'artisanat du Gabon.

Alissa School, ou l'IA au service de l'éducation

C'est dans ce sillage qu'émerge Alissa School, le prolongement éducatif de la startup : une application d'apprentissage personnalisé par intelligence artificielle, pensée pour les élèves du collège au lycée.

Le pari ? Utiliser l'IA non pas pour remplacer l'enseignant, mais pour adapter le rythme et le contenu pédagogique à chaque élève, un enjeu particulièrement structurant dans un continent où l'accès à un accompagnement scolaire individualisé reste largement inégal.

L'entrée par la grande porte : Station F

C'est ce projet qui vient de franchir un cap symbolique. La candidature d'Alissa School s'est hissée parmi les 10% meilleures candidatures internationales soumises à Station F, le plus grand campus de startups au monde, basé à Paris. Une sélection qui vaut à la jeune pousse gabonaise une invitation à rejoindre l'écosystème de la structure, aux côtés d'innovateurs venus du monde entier.

Pour un projet EdTech conçu et développé depuis Libreville, sans lever de fonds internationaux préalable ni antenne à l'étranger, la performance mérite d'être soulignée. Elle ouvre à Alissa School un accès à un réseau mondial de mentors, d'investisseurs et de pairs entrepreneurs, un accélérateur potentiel de développement, entre Libreville et Paris.

Ce que cette sélection dit, au-delà d'Alissa

Le parcours de Samuel Nkenke Eyebe illustre une trajectoire encore rare mais de plus en plus visible : celle d'un entrepreneur formé localement, qui construit une solution ancrée dans les réalités du continent, et qui parvient à la faire reconnaître sur la scène internationale sans quitter sa base. Dans un écosystème tech gabonais encore jeune, cette sélection à Station F fonctionne comme une preuve de concept grandeur nature : la démonstration qu'une ambition née à Libreville peut rivaliser à l'échelle mondiale.

La suite s'écrira désormais sur deux continents. Reste à savoir si Alissa School saura transformer cette reconnaissance en traction durable, sur un marché EdTech africain aussi prometteur que compétitif.

Arsene Rebouka
Arsene Rebouka

Hey, je suis Arsène Rebouka. Fondateur de Techies et je contribue au débat tech quand j’ai deux minutes. Startups, marketing digital, innovation publique, gaming, tips RS : j’aime décortiquer ce qui fait avancer la scène tech africaine.

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