Et si la vraie menace ne venait pas du “monstre” à l’écran, mais du pseudo “trop sympa” qui propose à votre enfant de continuer la discussion en privé ? De plus en plus d’experts alertent : les jeux vidéo en ligne sont devenus des portes d’entrée pour le grooming, ces techniques de manipulation qui visent à gagner la confiance d’un mineur pour l’exploiter.
Quand le jeu devient réseau social caché
Roblox n’est plus un simple jeu : c’est un espace social où l’on discute, crée, échange et rejoint des inconnus en quelques clics. Les enfants y jouent, mais ils y tchattent aussi, en messages privés ou via la voix, parfois avec des adultes se faisant passer pour des joueurs du même âge. Dans cet univers foisonnant, il est très facile pour un prédateur de repérer un enfant, l’aborder, puis l’isoler dans un salon privé ou sur une autre plateforme.
Les autorités et les spécialistes de la protection de l’enfance décrivent un même schéma : prise de contact légère (“on joue ensemble ?”), compliments, confidences, puis redirection vers des espaces moins visibles pour les parents, comme une messagerie ou un autre réseau social. Une fois la confiance installée, commencent les demandes de photos, de vidéos, ou les propositions de partager des “secrets” que l’enfant ne doit surtout pas révéler à sa famille.
Un phénomène massif, encore sous‑estimé
Au‑delà de Roblox lui‑même, les chiffres de l’abus sexuel en ligne donnent la mesure de la menace. Des réseaux d’experts estiment que de très nombreux enfants sont exposés chaque année à diverses formes d’exploitation numérique : grooming, diffusion d’images d’abus, extorsion. En Europe, les signalements de contenus pédocriminels explosent, avec une part croissante de ces images hébergées sur des serveurs européens.
Dans ce paysage, les jeux vidéo en ligne jouent souvent le rôle de “première rencontre”. C’est là que le prédateur teste la vulnérabilité de l’enfant, son besoin de reconnaissance, son envie de “devenir ami”, avant de pousser plus loin. Ce qui se passe dans un monde virtuel peut alors avoir des conséquences très réelles : détresse psychologique, chantage, honte, isolement, parfois pendant des mois.
Roblox : quelles réponses ?
Face aux critiques, Roblox a annoncé le renforcement de ses outils de modération, la restriction de certains jeux aux plus de 13 ans et le durcissement des conditions d’accès au tchat vocal avec des systèmes de vérification d’âge. La plateforme met aussi en avant des filtres et des équipes de modération chargées de repérer les comportements à risque et de traiter les signalements.
Mais les ONG spécialisées le répètent : même avec des filtres, des algorithmes et des équipes dédiées, aucune plateforme n’est à l’abri. Les prédateurs s’adaptent rapidement, contournent les interdictions, créent de nouveaux comptes, se déplacent d’un jeu à l’autre. La “dernière ligne de défense” reste donc la vigilance des adultes autour de l’enfant.
Cinq réflexes pour les parents
Sans couper l’accès aux jeux, il est possible de réduire fortement les risques :
Paramétrer le compte Roblox
Limiter les tchats ouverts, restreindre les invitations d’amis aux seuls contacts connus, désactiver le vocal par défaut pour les plus jeunes, vérifier les paramètres de confidentialité du compte.Entrer dans la partie
Jouer au moins une fois avec l’enfant sur Roblox, lui demander quels jeux ou “expériences” il fréquente, regarder comment se passent les discussions en direct.Parler des “mauvais joueurs”
Expliquer clairement qu’un adulte peut se faire passer pour un enfant, qu’aucune demande de photo intime n’est normale, que toute proposition de garder un échange “secret” doit être immédiatement signalée.Donner des règles simples
Pas de passage sur une autre appli (Discord, WhatsApp, réseaux sociaux) sans en parler aux parents, pas de webcam avec des inconnus, pas de partage d’informations personnelles (nom, école, adresse, numéro de téléphone).Savoir vers qui se tourner
Montrer à l’enfant qu’il peut tout dire sans être puni, connaître les boutons de signalement dans Roblox, et, en cas de doute sérieux, contacter les dispositifs d’aide nationaux ou les associations spécialisées dans la protection des mineurs en ligne.
Les prédateurs ont compris que le jeu en ligne était le nouveau terrain de sociabilité des enfants. Aux parents, écoles et pouvoirs publics de transformer ces espaces en lieux de plaisir et d’apprentissage… pas en zones grises où l’on laisse un enfant seul face à des risques d’adulte.





