Chargement...
Uber recule, Yango avance : la nouvelle carte des VTC en Afrique

Uber recule, Yango avance : la nouvelle carte des VTC en Afrique

Uber a fermé son application du jour au lendemain au Nigeria et en Ouganda début septembre, un an presque jour pour jour après avoir quitté Abidjan dans le même silence. Deux retraits, un même symptôme : le modèle américain peine à s'imposer en Afrique de l'Ouest. Pendant ce temps, un autre acteur avance méthodiquement, marché après marché, jusqu'aux portes de Libreville. Yango est-il en train de réussir là où Uber échoue ?

Arsene Rebouka
Arsene Rebouka
5 min

Le 2 septembre 2026, Uber a mis fin à ses opérations au Nigeria et en Ouganda. Douze ans après son lancement à Lagos, la plateforme américaine a fermé son application du jour au lendemain, laissant certains usagers en pleine course et des milliers de chauffeurs sans visibilité sur leur avenir. Un an plus tôt, presque jour pour jour, elle quittait déjà Abidjan dans une discrétion comparable. Deux marchés, deux retraits, un même symptôme : le modèle Uber peine à tenir en Afrique de l'Ouest, pendant qu'un autre acteur, Yango, accélère sa progression sur le continent, jusqu'aux portes du Gabon.

Le Nigeria, symbole d'un recul plus large

L'annonce est tombée par un message envoyé directement aux utilisateurs nigérians et ougandais. Uber y évoque une décision difficile, prise après un examen approfondi de ses activités, et assure que ce retrait reste strictement limité à ces deux marchés. Le groupe affirme rester engagé en Afrique subsaharienne, où il continuerait de voir un potentiel de croissance sur le long terme.

Le contexte, pourtant, est loin d'être anecdotique. Ce retrait s'inscrit dans une restructuration mondiale de l'entreprise, marquée par une réduction d'environ 10 % de ses effectifs. Au Nigeria, la sortie intervient aussi après une flambée des prix du carburant depuis l'arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu, dans un contexte où la politique de paiement essentiellement dématérialisé d'Uber s'est heurtée à une économie largement fonctionnant en espèces. Le service d'assistance reste disponible jusqu'au 23 septembre pour clôturer les comptes, mais l'application, elle, a déjà cessé de fonctionner.

Abidjan, un précédent qui n'avait pas fait beaucoup de bruit

Le scénario rappelle, presque trait pour trait, celui d'Abidjan. Le 25 septembre 2025, Uber annonçait la fin de six années de présence en Côte d'Ivoire, seul marché francophone d'Afrique de l'Ouest où le groupe était implanté. Là encore, aucune explication officielle détaillée : simplement l'expression de regrets pour la gêne occasionnée, et une décision présentée comme cohérente avec la stratégie globale du groupe, recentrée sur des marchés jugés prioritaires.

Les analyses qui ont suivi pointent des causes convergentes : un cadre réglementaire mouvant, des coûts d'exploitation élevés, et surtout un décalage entre un modèle économique standardisé, pensé ailleurs, et la façon dont les chauffeurs et usagers abidjanais gagnent et dépensent leur argent. Un an après, le Nigeria semble raconter la même histoire, à plus grande échelle.

Pendant ce temps, Yango construit sa carte africaine

Si Uber replie ses positions, Yango occupe le terrain. Le groupe, basé aux Émirats arabes unis, revendique une présence dans une trentaine de pays répartis entre l'Afrique, l'Amérique latine, l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie, avec une offre qui dépasse largement le transport : livraison, foodtech, divertissement, navigation. En juin 2026, Yango réunissait plus de 200 dirigeants, entrepreneurs et responsables publics à Abidjan pour son Innovation Day, l'occasion de présenter ses technologies et de signer de nouveaux partenariats locaux. Le mois suivant, le groupe lançait Yango Tech, une branche B2B destinée à accompagner entreprises et institutions publiques dans leur transformation numérique, avec le Sénégal comme marché prioritaire.

Cette progression s'accompagne d'une méthode récurrente : plutôt que d'imposer un modèle unique, Yango s'appuie systématiquement sur des partenaires locaux pour entrer sur un nouveau marché.

Le Gabon, prochaine étape

C'est cette méthode qui se déploie actuellement à Libreville. Depuis la mi-août 2026, une campagne de recrutement de chauffeurs bat son plein, appuyée par un clip mettant en scène L'Oiseau Rare et Emma'a. TaxiGo Gabon a été désignée partenaire officiel local, chargée de constituer et d'accompagner le réseau de chauffeurs partenaires. Sa co-gérante, Astrid Cécile Oyamigu Odounga, insiste sur la conformité au cadre réglementaire gabonais comme condition du déploiement, une manière de répondre par avance aux frictions que Yango a pu connaître avec certains régulateurs ailleurs sur le continent.

Le marché gabonais n'a rien d'un terrain vierge. Gozem y opère depuis 2021, les taxis électriques Ndzéla ont été déployés fin 2025 dans le cadre du projet Taxi-Vert, et le programme public Taxi Gab+ poursuit son extension, avec plus de 1 000 véhicules mis à disposition depuis son lancement. Yango arrive donc sur un marché déjà en recomposition, où l'État lui-même accélère la modernisation du transport urbain.

Ce que ça dit du marché africain de la mobilité

Les deux trajectoires, celle d'Uber qui se retire et celle de Yango qui s'étend, dessinent une leçon simple : la réussite d'une plateforme de mobilité en Afrique ne se joue pas sur la notoriété d'une marque mondiale, mais sur sa capacité à s'ancrer localement, ajuster ses modes de paiement, nouer des partenariats avec des acteurs du terrain et composer avec des cadres réglementaires exigeants. Pour Libreville, l'enjeu des prochains mois sera moins de savoir si Yango va réussir son entrée que de voir comment les acteurs déjà en place, Gozem en tête, et l'offre publique Taxi Gab+, réagissent à cette concurrence renouvelée.

Arsene Rebouka
Arsene Rebouka

Hey, je suis Arsène Rebouka. Fondateur de Techies et je contribue au débat tech quand j’ai deux minutes. Startups, marketing digital, innovation publique, gaming, tips RS : j’aime décortiquer ce qui fait avancer la scène tech africaine.

Voir tous les articles →
Chargement...